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Tours, 30 mai 2005 - Compte-rendu Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Webmestre   
22-06-2005

Première séance de travail du Groupe de recherche sur la prononciation du français dans la poésie, le chant et la déclamation du XVIe au XIXe siècle

Lundi 30 mai 2005 à Tours

Compte rendu

Présents :

Jacques Barbier (CESR, Tours), Olivier Bettens (Lausanne), Karina Cahill (Paris X), Philippe Caron (Poitiers), Pierre-Alain Clerc (Centre de musique ancienne de Genève), Gilles Declercq (Institut d’études Théâtrales, Paris III), Claude Jamain (Lille), Isabelle Landy (Paris VII), Rémy Landy (Le Mans), Jean-Noël Laurenti (Université de Pau et des Pays de l’Adour), Alain Legros (CESR), Michel Morel (CRISCO, Caen), Pierre Pasquier (CESR, Tours), Bertrand Porot (Reims), Stella Priet (Quenn’s University), Jean Sturm (CRISCO de Caen, Musica International), Rémy-Michel Trotier (Académie Desprez).

Marie-Luce Demonet, directrice du CESR, a tenu à se joindre aux participants à l’occasion de repas de midi.

Excusés : Anne Azéma (artiste interprète), Jean-Dominique Beaudin (Paris IV), Hélène Charpentier (UPPA), Georges Forestier (Paris IV), Jean-Michel Gouvard (Bordeaux III), Françis Goyet (Grenoble), Julia Gros de Gasquet (Tours), Nathalie Lecomte (Paris), François Moureau (Paris IV), Marie-Anne Pottier (CNR Tours), Raphaëlle Legrand (Paris IV), Michel Wiedemann (Bordeaux III).

N’ont pu se rendre à Tours, mais ont envoyé des contributions sous forme de messages :

Christine Bayle (L’éclat des Muses) : Insiste pour que la recherche ne se limite pas à la prononciation, mais englobe l’ensemble de l’éloquence du corps, de crainte que des résultats fragmentaires ne soient utilisés par des metteurs en scène peu scrupuleux qui pourraient en parsemer superficiellement leurs créations sans souci de l’authenticité d’ensemble.

Sabine Chaouche (Paris) : Demande qu’on s’intéresse à la diction comique, à celle de la poésie (galante, satirique, voire grivoise ; les fables) et de la culture populaire (chanson du roi Henri dans Le Misanthrope).

Nicole Rouillé (Meaux) : Souligne la préséance de la prosodie sur la prononciation (ex. : la 12e syllabe de l’alexandrin, qui porte l’accent tonique, devant être longue, la voyelle de cette syllabe doit être prononcée longue, même si en principe elle est brève). ― Pose le problème du rôle de la ponctuation, et de la prononciation du e muet devant virgule et devant voyelle (« Apaise ma Chimène, apaise… »).

Chacun des participants se présente. Jean-Noël Laurenti rappelle l’historique des recherches sur la déclamation en France (travail sur le geste issu des recherches de Dene Barnett, travaux d’Eugène Green avec l’importance accordée aux questions de prononciation) et les évolutions récentes, qui aboutissent à la mise en relation de « pôles » différents.

A l’occasion du tour de table de présentation, des questions et des thèmes sont évoqués :

  • A quel moment est apparu le décalage entre prononciation dans la déclamation et prononciation dans la vie quotidienne ?
  • Comment concevoir la prononciation dans le langage théâtral contemporain ?
  • Comment définir le sublime ?
  • Quel était le débit en usage à telle ou telle période, et quelle influence sur la prononciation ?
  • Importance des ressources en ligne pour les chercheurs et ceux qui pratiquent (artistes, chefs de chœurs).
  • Rôle de l’hyperarticulation dans les enregistrements destinés aux exophones.

Il est observé que les domaines de recherche de tous les présents, sauf Claude Jamain, sont antérieurs à la Révolution. L’appel est réitéré en direction des dix-neuvièmistes et vingtièmistes, pour que la période d’étude aille au moins jusqu’aux premiers enregistrements d’acteurs (Mounet-Sully, Sarah Bernhardt, etc.).

Communications :

Le texte de ces communications sera publié dans un volume d’actes (voir ci-dessous).

1. Olivier Bettens : « Consonnes finales à la pause, liaisons : même combat ? »

Alors que l’articulation des consonnes finales à la rime résulte d’un état de langue originel, la pratique de la liaison d’un groupe rythmique à l’autre est probablement dès son origine une marque artificielle de déclamation, qu’on détecte déjà dans la Chanson de Roland, soit à une époque où le français n’était pas encore une langue « tendue ». Dans la déclamation, alors que la pratique de la liaison persiste d’une manière fort stable, la prononciation des consonnes finales à la rime pourra varier considérablement selon la période, le style, le théoricien, ce qui laisse une marge de manoeuvre importante à l’orateur.

Discussion : En quoi consiste cette variabilité dans la prononciation des consonnes finales ? affaire de registre de genre, ce qui les différencierait nettement ? ou est-ce simplement un ornement, l’ensemble du champ de la déclamation restant homogène ? La prosodie ne participerait-elle pas aussi à la rime ?

2. Bertrand Porot : « Quelques réflexions sur le traitement du e muet dans la déclamation chantée à la fin du XVIIe en France »

A l’occasion d’un exemple extrait des Arts florissants de Charpentier, on s’interroge sur la possibilité de placer un e muet sur le premier temps (temps fort) d’une mesure. Dans les airs, cela est fréquent dans les cadences sur des fins de vers féminines. Qu’en est-il dans le récitatif ? O. Bettens rappelle qu’au XVIIe siècle le sentiment du temps fort dans la mesure et de l’accent dans la langue reste très flou (« le français n’a pas d’accent »).

On s’interroge aussi sur la traitement du e muet élidé à l’intérieur du vers : dans certains cas et devant une pause, même élidé dans la versification il est articulé (pourvu d’une note) dans la mise en musique.

3. Pierre-Alain Clerc : « Niveaux de langage et niveaux de prononciation: d’une petite phrase de L’Impromptu de Versailles »

Molière distribuant les rôles, dans L’Impromptu de Versailles, à Du Croisy : « Vous, vous faites le poète… » Il est possible de passer en revue les types de prononciation des divers personnages comiques de Molière : ― Poètes, pédants et docteurs ; - paysans ; ― Gascons, Normands, Picards, Suisses. Les défauts de prononciation qu’il note peuvent être recoupés avec les témoignages du temps (Hindret). C’est sans doute l’originalité de Molière, un « vérisme linguistique » qui reflète la stratification sociale du temps et permet des contrastes comiques (parler bilieux et rapide de Monsieur Jourdain, ton sentencieux du maître de philosophie). Ces problèmes de restitution sont liés avec celui du débit et de la durée des pièces.

4. Philippe Caron : « Les conditions permettant d’aborder une reconstitution de la diction haute vers 1700 : le cas des voyelles nasales et des quantités vocaliques »

Philippe Caron, co-maître d’œuvre, avec Louise Dagenais, de la mise en ligne du Dictionnaire historique et critique de l’abbé Féraud rend compte de l’étude de faisabilité d’un projet de « reconstitution de la diction haute vers 1700 ». ― Il s’agit de reconstitution analogue à la reconstitution archéologique en images. − Par diction haute, il faut entendre la parole publique. ― Vers 1700 parce que c’est une période où la pulsion normative est forte, où le discours linguistique recherche précision et exhaustivité. Les sources iront de Hindret (1687) à d’Olivet (1736) en ajoutant Féraud (1767) avec précaution. Parmi les critères de fiabilité figurent les recoupements entre sources. Par exemple, à propos du caractère spécifique des voyelles nasales, on peut recouper Dangeau (1694) et Vaudelin (1713). Il en est de même à propos de la prosodie.

Pour ce projet, des collaborations sont nécessaires, par exemple avec des spécialistes du récitatif, pour l’intonation : il s’agirait d’opérer une rétroconversion de la déclamation musicale vers la déclamation parlée. Ce projet réunit également les Maisons des Sciences de l’Homme de Poitiers et de Caen, avec la participation d’Yves-Charles Morin dans le conseil scientifique.

L’aboutissement de ce projet devrait permettre de produire des restitutions sonores de textes, ce qui permettrait de faire travailler cette prononciation à des chanteurs qui ne la connaissent pas et épargnerait des heures d’enseignement. D’où la collaboration avec le laboratoire CRISCO, qui a mis au point le logiciel de synthèse vocale Kali.

5. Michel Morel : « Le projet de synthèse vocale du français classique par le logiciel Kali »

Kali permet de convertir un texte écrit en texte oralisé (« faire parler un ordinateur »). Cette démarche, appliquée à l’heure actuelle au français contemporain et à l’anglais, peut s’étendre aux autres langues, dont le français classique. Tout d'abord, un texte est enregistré par une personne réelle dans la prononciation requise, avec la prosodie requise. A partir de ce corpus oral, on constitue d'une part une base de « diphones » et d'autre part un dictionnaire de contours prosodiques. Grâce à ces ressources, on peut oraliser de nouveaux textes, depuis l'analyse linguistique (syntaxe, transcription graphèmes-phonèmes, etc.) jusqu'au signal de parole. Les concepteurs de Kali travaillent à ce que cette synthèse vocale possède naturel, relief, expressivité, avec une prosodie conforme à la syntaxe et au sens du texte. Évidemment, cela suppose qu’ait été effectuée la recherche fondamentale sur la prononciation de la langue considérée.

Discussion sur les deux communications : L’intérêt de cette synthèse vocale est évident pour la diffusion des recherches. Toutefois, la réalisation d’une prononciation donnée, avec une intonation, suppose des choix. On souligne donc le risque d’aboutir à l’uniformisation parmi les chanteurs ou comédiens qui l’utiliseraient. D’où l’intérêt de prévoir des variantes dans le modèle de prononciation de façon à parvenir à plusieurs oralisations possibles du même texte.

Débat : Pistes de recherche et plan de travail :

On décide :

1. d’organiser une ou deux journées d’étude en 2006 et 2007, réunissant des artistes (préoccupés ou non de reconstitution) et des chercheurs, ainsi que les artistes qui sont aussi chercheurs. Elles pourraient avoir lieu à Paris III, au CESR ou à Poitiers. On sollicitera des propositions sur les sujets à aborder, mais un sujet possible est d’ores et déjà « Le débit et la prosodie ».

2. de publier les actes de la journée dans les Annales de l’Association pour un Centre de Recherche sur les Arts du Spectacle aux XVIIe et XVIIIe siècles, augmentés d’autres articles pour former un volume plus substantiel sur la prononciation ;

3. de mettre en ligne une bibliographie analytique (textes anciens ou études récentes) consacrée à la prononciation, avec outils de recherche, de façon à éviter aux non spécialistes ou aux chercheurs de consacrer du temps à des dépouillements qui ont déjà été faits. Cette bibliographie, évolutive, serait constituée des contributions des uns et des autres.

Les chercheurs sont invités à solliciter leurs équipes de recherche pour que soient recensées celles qui accepteraient de soutenir ces projets.

Groupe de travail sur le geste :

Un appel sera lancé pour que se constitue un groupe de travail sur le geste, complémentaire du groupe sur la prononciation.

Dernière mise à jour : ( 25-06-2005 )
 
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